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30/01/2013

PMA pour tous ?

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Partons de la réalité d'aujourd'hui. De nombreux couples homosexuels sont aujourd'hui parents de fait, soit qu'ils aient des enfants d'un couple hétérosexuel antérieur (cas le plus fréquent), soit que l'un des membres du couple ait procréé avec ou non une assistance médicale, soit qu'il ait adopté, le plus souvent officiellement seul (selon la loi française).

A la date d'aujourd'hui, si la procréation médicalement assistée n'est pas autorisée en France pour une femme célibataire, elle est cependant pratiquée de manière croissante, soit par des femmes célibataires, soit par des couples lesbiens, dans des pays proches qui l'autorisent. Elle reste cependant peu représentée dans la société française. Notons cependant qu'à l'inverse de l'adoption, théoriquement interdite aux couples en union libre, la PMA est ouverte à ces couples en France.

A titre personnel, je me suis refusée à explorer cette voie, en tant que femme seule, lorsque j'ai décidé de me mettre en chemin vers mon deuxième enfant, sans conjoint à mes côtés. Les raisons qui ont guidé mon refus de ce chemin peuvent se résumer à la suivante: ayant moi-même été un enfant en recherche de ses origines paternelle, je ne souhaitais pas mettre au monde sciemment un enfant qui n'aurait jamais la possibilité de connaitre son géniteur, ou plus exactement qui n'aurait "pas de père" (en effet pour moi un spermatozoïde ne peut pas être confondu avec un père). C'est cette même raison qui m'a fait aller vers une adoption, et plus encore vers une adoption que l'on pourrait qualifier d'ouverte (avec connaissance de ses origines). J'y reviendrai plus tard.

Néanmoins l'argument qui est le plus souvent avancé par les détracteurs de ce mode de procréation et de filiation, est qu'il y aurait une confusion pour le futur enfant, entre le couple parental (deux femmes) et le couple biologique (nécessairement un homme et une femme, bien que les techniques modernes peuvent laisser penser qu'on pourra arriver un jour à créer un embryon à partir de deux gamètes de même genre). L'enfant à naître serait ainsi confronté à l'étrangeté d'un modèle parental et familial erronné.

Il me semble que pour les femmes (seules ou accompagnées) qui feraient ce choix, la question de la parentalité biologique doit se poser, et doit être résolue, pourquoi pas par des entretiens préalables, de même que l'on fait passer à tout célibataire en cours d'agrément pour une adoption, des entretiens afin que le futur parent soit bien conscient qu'il va devoir expliquer et accompagner cette particularité parentale à l'enfant à venir.
De même qu'aujourd'hui on ne ment plus à un enfant adopté sur son origine, il me semble que l'évidence devrait être la même pour un enfant issu de la PMA, quelle que soit la configuration parentale qui l'accueille.
Tout enfant quel qu'il soit, doit savoir qu'il est biologiquement issu de l'union d'un homme et d'une femme (l'homme fut-il représenté par son seul spermatozoïde), et toute personne ou tout couple ayant la volonté d'occulter plus ou moins durablement ce fait à l'enfant à venir écarté de l'accès à la parentalité.
De même qu'il est souhaitable que, quel que soit son sexe, tout enfant ait accès à des référents positifs des deux sexes, ceci afin de construire non pas seulement son identité sexuelle, mais son identité tout court.

De même qu'aujourd'hui un couple qui adopte ne ment pas à son enfant à propos de son origine (c'est devenu rarissime), de même qu'une femme élevant seule son enfant à la suite d'une rupture plus ou moins précoce avec le père, ne cachera pas à cet enfant qu'il a un père, de même, il paraît inconcevable qu'un couple de femme qui accueille une enfant comme le sien, même s'il est biologiquement issue que d'une d'entre elles avec le sperme d'un donneur, cache à cet enfant son mode de "fabrication".

C'est ce que j'avais en tête jusqu'à un passé récent, jusqu'à dimanche soir exactement. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir dans Zone Interdite sur M6, un couple de femmes disant à sa fille de 4 ans qu'elle n'a pas de père mais une Maman et une "Mame"... Me voilà renvoyée plus de quarante ans en arrière, quand on me demandait en maternelle si j'avais un papa, que je répondais "non", et qu'une ronde d'enfant m'entourait en chantant "elle n'a pas de papa-euh". Je pensais naïvement que ce genre de mensonge n'aurait plus cours en 2013.

Mais n'est-ce pas justement le manque d'encadrement, l'illégalité de la démarche, le manque d'accompagnement de ces couples obligés de concevoir en cachette, qui génère ces mensonges d'un autre âge ? La question est posée pour moi. Non pas la question du mensonge autour de la nécessité des sexes masculins et féminins pour concevoir un enfant. Mais bien plutôt la nécessité d'accompagner, d'encadrer, de donner des clés de réflexion et de construction, à des couples qui, aujourd'hui se lancent tête baissée dans une aventure délicate, tout comme les premiers couples se sont lancés il y a plus de 30 ans dans les premières PMA et en ont essuyé les plâtres, avec pour certains des mensonges, des vérités "bricolées".

Pour en revenir à cette émission vue dimanche soir, quelques regrets et applaudissements : tout d'abord, un grand regret qui est aussi souvent le mien à propos des reportages sur l'adoption. C'est mignon et télégénique de nous montrer des familles avec de jeunes enfants. Mais à moins de comportements très atypiques, ce type de reportage ne peut montrer que le vécu des adultes, et des enfants récitant leurs leçons sur un ton plus ou moins convaincu (à ce titre on sent qu'un des enfants, le petit garçon, n'est pas très à l'aise, les détracteurs du mariage homo diront qu'il vit mal l'homosexualité de son père, les pro-mariage homo qu'il vit mal la recomposition familiale comme pour toute famille recomposée, je pense qu'il y a un peu des deux). Les ados interrogés n'étant pas issus eux-même de PMA mais de recompositions familiales. Et bien sûr aucun jeune adulte. Or, ce que nous apprennent les quelques rares reportages qui prennent la peine d'aller chercher de jeunes (ou vieux !) adultes adoptés, issus de PMA ou autre, c'est que les vraies questions sont posées par eux. Parce que eux, vivent dès le début et POUR TOUTE LEUR VIE ces choix (ou non choix) faits par leurs parents. Et ce qu'ils nous disent, c'est parfois, le plus souvent, quand leur famille les a élevé dans le dialogue et le respect de leur histoire, et/ou que leur capacité de résilience était grande (ce qui est imprévisible), ils l'ont bien vécu. Et aussi, quand ce n'était pas le cas, qu'ils ont pu mal le vivre, parfois très mal, parfois pas seulement au moment délicat de l'adolescence mais toute une vie.

Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer à la PMA, quel que soit le couple et son orientation sexuelle. Mais renoncer au mensonge, se préparer et préparer son enfant aux écorchures qui résulteront de nos choix (égoïstes ? on fait /adopte toujours un enfant par égoïsme et c'est NORMAL), est un cadeau indispensable pour cet enfant.

 

Un applaudissement : la démonstration claire que cette pratique, parce que possible avec peu de moyens (les inséminations artisanales par exemple), génère des risques énormes, éthiques, de santé publique, justement parce qu'elle est peu encadrée, que ce soit légalement ou par un parcours de préparation, de réflexion. D'où la nécessité de légiférer, pour ne pas laisser ces familles dans la souffrance.

17/01/2013

Un enfant, un cadeau ?

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Bien sûr sous ce titre provocateur, LE débat le plus important du moment, plus important même que le mariage homosexuel, c'est l'ouverture "officielle" de la parentalité aux homosexuels, et, en toile de fond, la question du droit. Droit à l'enfant, droit de l'enfant...

De nombreuses personnes dans notre société sont en état de stérilité. Des couples hétérosexuels sont en état de stérilité médicale, des couples homosexuels, des célibataires, en état de stérilité sociale. La stérilité, qu'elle soit médicale ou sociale, donne-t-elle droit à l'enfant ? Y a-t-il un droit à l'enfant ? Je ne le crois malheureusement pas. Les couples hétérosexuels, les célibataires aventureux dans une certaines mesure, peuvent procréer avec ou sans assistance médicale (à l'étranger sans réelle conséquence juridique pour le dernier cas). Aujourd'hui, les couples hétérosexuels mariés, les célibataires officiels ou officieux quelle que soit leur orientation sexuelle, peuvent se porter candidats à un agrément en vue d'une adoption.

Par contre, ce que je sais, c'est que l'enfant a des droits, et même une Convention Internationale de ses Droits (et même un défenseur de ses droits en France, à qui bizarrement on n'a pas beaucoup demandé son avis lors des récents débats). L'enfant à naître d'une PMA a des droits, l'enfant adoptable également.

Je suis souvent choquée que, dans les milieux de l'adoption que je fréquente, on ne hurle jamais ou très rarement sur les départements complaisants sur l'attribution des agréments en vue d'une adoption. Ou sur le faible/inégal niveau de la préparation à l'adoption des adoptants français en fonction de leur département. Que ces hurlements concernent beaucoup les départements qui font clairement de la discrimination systématique de certains profils, dont les célibataires suspectés à tort ou à raison d'être homosexuels, c'est très bien car ces départements détournent la Loi. Qu'ils oublient les autres faiblesses de notre système d'agrément, c'est dommage pour tous, les adoptants dont certains se retrouvent ensuite dans une situation à laquelle ils n'étaient absolument pas préparés, et surtout tous les enfants.

Etre parent est un bonheur, c'est une responsabilité également. Les parents adoptifs se plaignent souvent de devoir "passer un examen" a contrario des parents biologiques, citent souvent les exemples de parents biologiques toxiques, maltraitants, pour démontrer leur "droit à l'enfant", arguments souvent repris par la communauté homosexuelle : puisqu'il y a des familles hétéro fertiles toxiques qui ont le droit d'avoir des enfants, alors tout le monde devrait l'avoir.

Je reste persuadée que mettre au monde par des méthodes "non classiques" ou adopter un enfant ne peut être un droit. Parce que l'on sait, par les adultes adoptés, par des adultes issus de don de gamètes, que ce n'est pas simple de se construire avec une telle histoire. Et que les parents, hétéro ou homo, fertiles ou pas, vrais ou faux célibataires qui se lancent dans cette aventure, doivent s'y préparer d'une manière particulière, et si nécessaire renoncer si, après intégration de toutes les informations, le projet leur parait ne pas correspondre à leurs souhaits et capacités profondes.

Etant plus familière du parcours d'adoption que de celui de PMA, je me réfèrerai sans doute plus au premier. Il m'apparait que l'agrément ou les entretiens préalables à une PMA devraient être moins un "tri" (bien que des personnalités trop évidemment toxiques doivent être écartées, comme on les écarterait dans un entretien professionnel, de métiers touchant à l'enfance) qu'une formation, un accompagnement, un mûrissement de projet.

Parce qu'élever un enfant, ce ne sont pas que les beaux récits de l'arrivée, les photos à l'aéroport ou à la maternité, ce sont aussi

les questions des copains à l'école

les questions, les moqueries sur son physique, sa ressemblance, sa différence

les questions sur son potentiel, sa confiance en soi

les questions sur son identité biologique, sociale, sexuelle

les questions sur son appartenance familiale, amicale

certaines ruptures provisoires ou définitives : celle de l'enfant avec ses parents, celle de des parents

 

Il ne s'agit pas de dire que ces particularités de l'enfant qui "vient d'ailleurs" (que ce soit d'un autre gamète, d'un autre couple, d'un autre pays) sont en eux-même des obtacles à la parentalité homosexuelle. Je suis convaincue que l'aptitude individuelle à la parentalité est absolument sans rapport avec l'orientation sexuelle de la personne.

Mais il s'agit de dire : attention, fragile. Préparez-vous à ce que ce ne soit pas la Petite Maison dans la Prairie avec de beaux enfants roses qui rient tout le temps et sont premiers de la classe. Préparez-vous à (essayer de) réparer vos enfants. Préparez-vous à ce que certains d'entre vous doivent renoncer à leur projet parce que c'est le Droit de l'Enfant qui primera. Parce qu'un couple homosexuel ou un célibataire qui voudra élever un enfant dans le dénigrement de l'autre sexe sera, j'espère, autant arrêté dans son projet qu'un couple hétérosexuel dont l'un des membres suit "pour faire plaisir à l'autre", ou qu'un couple inconscient de la portée de son projet pour l'enfant.

Parce qu'un enfant n'est pas un cadeau. Même si c'est le plus beau cadeau du ciel, c'est une somme de devoirs, à vie. Et multipliés par deux quand il vient d'une histoire "pas classique" (j'en suis un bon exemple d'ailleurs ^^)

09/01/2013

Gai, gai, marions-nous !

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Voilà bien longtemps que je n'ai pas écrit ici, d'abord par manque de temps et ensuite parce que les sujets d'actualités ne m'ont pas suffisamment "parlé" pour que je trouve utile de m'exprimer.

Depuis quelques temps le débat, les prises de position des uns et des autres sur le sujet du "mariage pour tous" m'interpellent. N'étant pas en mesure, contrairement à d'autre, d'exposer une position tranchée "pour" ou "contre", qui me parait bien simpliste, je vais essayer de m'en expliquer et, j'espère en ne froissant aucun de mes amis, de susciter un débat respectueux sur chacun des points qui me pose question.

Tout d'abord, l'institution du mariage telle qu'elle institue une communauté de droits et de devoirs, notamment vis-à-vis du conjoint survivant (ma situation me rend peut-être plus sensible à ce sujet), me parait-il souhaitable qu'elle puisse être ouverte aux couples homosexuels ?

Sur le plan de la succession, qu'est-ce qui permet de justifier aujourd'hui le fait qu'avoir un conjoint de même sexe ne permet de le désigner comme héritier légal qu'avec un taux d'imposition prohibitif ? Combien d'histoires sordides de conjoint homosexuel exclu d'une succession qui lui aurait permis de survivre correctement ? Premier point pour moi en faveur du mariage pour tous.

Qui dit mariage dit divorce. Sans même parler de la présence d'enfants éventuels, avoir accès au divorce permet de définir clairement les droits et devoirs de chacun, le partage des biens. Le PACS ne le permet pas. Un deuxième point en faveur d'une égalité des droits qui ne volera personne, bien au contraire.

Si l'on parle des enfants déjà présents (je parlerai dans un autre billet des éventuels enfants à venir), la situation du mariage ainsi que celle du divorce permet de définir clairement qui a la garde et l'autorité parentale. Une clarté qui est cette fois dans l'intérêt de l'enfant ! Un troisième point donc qui me parait intéressant.

Un nombre incalculable de démarches légales et administratives (achat immobilier, compte joint etc...), de droits (congé pour évenement familial) seraient ainsi ouverts à tous les couples quels qu'ils soient. Un quatrième point d'égalité donc.

Sur le plan administratif ainsi que celui des droits courants, il me parait donc inexcusable de ne pas accorder les mêmes droits aux couples homosexuels et hétérosexuels.

Reste ce qui fait le grand débat : l'accès à la parentalité, que je scinderai en trois sujets distincts pour moi :
- l'accès à la PMA pour les couples lesbiens
- l'accès à la GPA pour les couples homos masculins
- l'accès à l'adoption pour tous les couples homosexuels