03.12.2009
Adoption individuelle : la fin ?

Bernard Kouchner, Nadine Morano, et le président de l'Agence française de l'adoption (AFA), Yves Nicolin, ont signé mardi 24 novembre une "convention d'objectifs et de gestion" concernant l'adoption internationale. Qu'est-ce que ça change ?
Bernard Kouchner reprend le fameux dada de l'AFA comme quoi avant d'adopter plus, il s'agit d'abord d'adopter mieux. Ben oui, c'est bien connu, quand les adoptants sont "lâchés" en individuel (37% des adoptions françaises en 2008) c'est forcément du traffic d'enfant. Certes le passé n'est pas exempt de tache, et les visas accordés il y a deux ans par son ministère à des adoptions au Cambodge en pleine fermeture, ne laissent pas de faire sourire (ou pleurer ?) sur les différences de traitements en fonction de la position de chacun...
Au-delà du débat mécanistique : faut-il adapter le nombre des adoptés aux nombre de dossiers en attente ou non, bien sûr présenté de cette manière la réponse est toute trouvée. Il y a de moins en moins d'enfants adoptables de par le monde, les parents français veulent des enfants trop jeunes et en trop bonne santé, gna gna gna. Certes. Mais il faut surtout souligner que là où l'adoption s'est fermée un, deux ans ou plus, pour la mise en place de la Convention de la Haye ou pour des accords transparents entre pays, des orphelinats ont fermés, menant à la famine et à la mort les orphelins qui auraient pu y survivre en attendant une famille. Il faut aussi souligner que depuis la mise en place de l'AFA, des pays très organisés et très efficaces dans l'adoption de leurs propres petits ressortissants (comme le Brésil) ont refusé de travailler avec cette institution arrogante qui prétendait donner des leçons. Quand on voit que nos petits pupilles attendent en moyenne 5-6 ans avant d'être confiés à une vraie famille, ça fait rêver...
L'adoption individuelle est cette voie difficile et dangereuse que j'ai choisi pour rejoindre mes deux petites dernières. Oui, elle recèle des écueils et des dangers, oui il arrive à l'adoptant de se trouver devant des situations cornéliennes, où seule sa moralité personnelle lui permet de prendre la juste décision. Est-ce pour cela qu'il faille jeter l'opprobre sur l'ensemble de ces adoptions ? Ou bien faut-il reconnaître qu'elles se doivent d'être mieux encadrées, harmonisées, et que les législations des pays doivent se caler sur une même perception de l'intérêt de l'enfant ?
Contrairement à d'autres, je n'ai rien contre l'arrêt des adoptions individuelles si l'AFA, qui prétend désormais tout centraliser ou presque en France :
- se dote d'une direction et d'un conseil d'administration neutre et ne prétendant pas imposer d'autre critère aux adoptants que ceux de la loi française et de la loi du pays de l'enfant adopté
- se donne les moyens de son efficacité en terme de personnel (nombre et formation)
- donne à ses usagers le respect et la transparence auxquels ils ont droit
Contrairement à d'autres, y compris parmis les adoptants d'enfants du même pays que mes filles, je pense que la mise en place de la Convention de la Haye dans chaque pays est une bonne chose parce qu'elle évitera des dérives. J'espère simplement que l'intérêt de l'enfant qui le nécessite, à être rapidement adopté par sa famille, sans devoir être maintenu trop longtemps dans une famille délaissante ou un orphelinat sans chaleur (et/ou vice-versa), sera pris en compte à tout moment. Sans oublier bien sûr les besoins fondamentaux : manger, dormir, être en sécurité, besoins régulièrement mis à mal directement ou indirectement par les "grandes réformes" et leur lenteur proverbiale.
Comme je l'ai dit ailleurs, je ne crois pas qu'il y ait un "droit à l'enfant". Mais je ne crois pas qu'à ce prétexte, il faille jouer durablement le rôle de vierge effarouchée. Un enfant se construit dans ses premières années. Faites vite ! Une vie est rapidement détruite, et les morceaux sont difficiles à recoller quand le vase a été cassé plusieurs fois.
14:46 Publié dans Droit, Enfant, Parentalité, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02.12.2009
La Beauté

Etre aujourd'hui mère de trois filles expose à un certain nombre de considérations sur la beauté. Bien plus qu'en étant mère de trois garçons, de ce que je peux en percevoir de cinq de mes amies ou connaissances dans ce cas.
Venant d'elles-même, leur perception de la beauté est un mélange entre les standards de l'époque et les valeurs de contes de fées. Ainsi, contrairement aux standards occidentaux du 21ème siècle, Mary et Berlioze ne vivent pas leur minceur comme un signe de beauté. Par contre Toulouse, d'une corpulence plus standard justement, se vit, elle, comme "grosse", apparemment traitée comme telle par quelques enfants de sa classe. La coiffure, la couleur des yeux, sont pour elles des éléments déterminants. Elles se lamentent toutes trois de la couleur marron de leurs yeux, et mes deux petites blacks rêvent de cheveux raides. Les trois, confrontées en permanence au modèle publicitaire malgré sa très faible présence à la maison, se rêvent déjà formées et ayant toutes les caractéristiques adolescentes.
L'adolescence, modèle de base de notre société semble-t-il, que ce soit sur le plan physique ou mental. Mes filles craignent de paraître "trop bébé" tandis que je pouffe en secret des prétentions adolescentes de certains collègues, que ce soit au plan capillaire, vestimentaire, ou langagier. Je ne suis pas vraiment l'analyse d'Ysengrimus, opposant "une civilisation d’obèses narcissiques et hédonistes [qui] valorise une maigrasse filandreuse à gros nichons physiologiquement impossibles" à la défunte "civilisation de crèves-faims lascifs et natalistes [qui] valorisait une femme enveloppée avec de petits seins et de bonnes hanches". Non, pour moi le problème c'est l'âge modèle. Exit la plénitude de la femme mûre et ses courbes gourmandes, et en même temps exit la sagesse des ans. Désormais tout un chacun, quel que soit son âge, doit s'identifier à l'adolescent ou au très jeune adulte, fun, mince, bronzé, avoir des goûts musicaux plutôt rythmés et internationalement standard, ne pas se prendre la tête, aimer rire et accumuler les conquêtes. Ce qui est sommes toutes assez courant et disons, standard, à 18 ans, l'est pourtant moins à 7 ou 42 ans...
Des sites de rencontres sont maintenant réservés aux seuls détenteurs du passeport "beau", sous-entendu, pas vieux, ni gros, ni trop penseur, bref, fun. Je crois que ça ne me choque même plus, tellement c'est consacrer une pratique qui est déjà fréquente mais qui ne dit pas son nom, y compris en recrutement.
Juste, ça me fait une immense peine pour cette société bâtie sur du sable et sur du vent. Qui passe à côté d'un grand bonheur : la beauté cachée, la sagesse, l'Art en somme...
15:56 Publié dans Femme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.11.2009
Hier, journée de la violence aux femmes

Hier, donc, journée de grandes annonces et de bonnes intentions pour que cette violence diminue dans le monde. Qu'en restera-t-il, demain, et tous les jours de l'année ? J'ai peur de ne pas être optimiste...
Bien sûr, cela me parait intéressant que le gouvernement actuel (en prévision des élections ? meuh non que vous avez l'esprit mal placé !) prévoie que l'agresseur soit celui à écarter en priorité du domicile conjugal, que les concubins et pacsés violents soient inquiétés de la même manière que leurs homologues mariés, qu'il y ait des dispositifs de surveillance des hommes violents afin d'éviter la récidive.
A ce sujet bravo à Rue89 qui a choisi d'illustrer ce sujet avec une simple photo de gifle photogénique, administrée par notre cher Lino national. Parce que oui, la gifle est le début de la fin, et qu'elle est un geste violent en soi. Que l'homme qui l'administre soit viril ou non, photogénique ou non, père ou non, mari ou non, instruit ou non. Il est bon parfois de le rappeler.
Quand je vois que le débat lancé par Christine Boutin sur la réouverture des maisons closes fais ressurgir les éternelles digressions sur le manque d'appétit sexuel des femmes "légitimes", source de ce "mal nécessaire", je m'interroge. Quand je vois les violences médicales quotidiennes exercées sur les femmes, rappelées par Martin Winckler, je m'interroge. Quand je vois Polanski libéré sous caution lors de cette journée contre la violence aux femmes, je me dis que le viol des mineures et de toutes les femmes a encore de beaux jours devant lui. Suffit de dire qu'elle avait une jupe trop courte et qu'elle avait une vie dissolue hein, ça marche toujours.
Qu'est-ce qui nous fait intérioriser à ce point, que la fille, la femme, doivent supporter cela, que c'est normal ? Qu'est-ce qui fait que la France (et ce n'est pas que le fait du monde médical) a tant de réticence à éduquer ses filles à la connaissance de leurs droits et de leur corp ?
Quand je vois une mère effarée à la sortie de l'école parce qu'on a osé parler en grande section de maternelle de "comment viennent les bébés", quand je vois un père inquiet parce que son fils n'est pas assez "physique" et qu'il va être pris pour une fille, je me dis qu'il y a encore du chemin à faire dans ce qui prépare TOUT : l'éducation de nos enfants.
Oui, je dis haut et fort que la violence conjugale trouve ses sources dans ce qu'on accepte ou ce qu'on promeut dès le plus jeune âge, j'ai nommé l'agressivité tolérée voire encouragée chez les petits garçons et réprimée chez les petites filles. Oui, je dis que les violences sexuelles ou dans la sphère du sexe, et ce qui en découle (frigidité des unes et prostitution des autres) trouve ses sources dans une éducation sexuelle inexistante et réprimante de la sexualité féminine.
Mais j'ai la conviction profonde que le bonheur se trouve à deux, dans une relation complète fondée sur le respect et le plaisir mutuel, et heureusement pour mon moral j'en ai de nombreux exemples autour de moi. Alors je me dis que c'est possible. Et qu'il faut continuer à ramer à contre-courant. Et que c'est aussi pour le bien des hommes. Parce que je n'ai jamais vu d'agresseur heureux.
11:12 Publié dans Droit, Femme, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note